Les principes inspirants d’une école danoise : créativité, prise de risque, échec, et collaboration

Un consensus mondial semble émerger depuis plusieurs années sur les compétences nécessaires au XXIème siècle. Parmi elles se trouvent la créativité, la collaboration, la résolution de problèmes réels, la pensée critique, etc.

Concrètement, comment mettre cela en pratique ?

Grâce à ce blog j’espère pouvoir partager des initiatives concrètes sur l’enseignement des « compétences du XXIème siècle »

C’est pour cela que j’ai rencontré Karen, une des co-fondatrices de Den Grønne Friskole, à Copenhague, au Danemark.

Cette journée d’immersion au sein de son école, m’a notamment permis de mieux comprendre: 

  1. Le fonctionnement d’une école basée sur l’apprentissage par résolution de problèmes (« problem-based learning »)
  2. Le rôle de « facilitateur » des professeurs,
  3. Pourquoi vivre « ici et maintenant » est fondamental, 
  4. Comment l’activité de taille de bois contribue-t-elle à enseigner la persistance aux enfants,
  5. Une manière concrète pour enseigner la créativité en classe. 

Creativité

Den Grønne Friskole, une école basée sur l’apprentissage parésolution de problèmes

Den Grønne Friskole a développé un modèle pour structurer les activités d’apprentissage intitulé : « snail-based learning ». Il s’agit d’un enseignement en mode projet dont la méthodologie est expliquée en détail sur le site Hundred.org

4 éléments sont importants pour comprendre le modèle Den Gronne Friskole:

  1. Les élèves travaillent exclusivement en mode projet,  
  2. Le temps alloué aux arts, à l’artisanat, et aux disciplines académiques est identique, 
  3. Les élèves sortent de la classe tous les jours, et apprennent dans le parc ou travaillent dans la cour de l’école,
  4. Den Grønne Friskole est une école indépendante (privée) financée à hauteur de 75% par le gouvernement danois. 

Le rôle de « facilitateur » des professeurs

8h30 : débat sur des sujets d’actualité 

Lors du premier « cours », 50 élèves et 4 adultes débattent sur deux sujets d’actualité : 

  • Une vidéo traitait de la Gay Pride organisée cette semaine là à Copenhague,  
  • La deuxième présentait une mesure de santé publique concernant le surpoids des enfants. 

Très vite, j’apprends que dans cette école, les professeurs portent le nom d’adultes et non de « teachers ». Les adultes préfèrent que les enfants les voient comme des accompagnateurs, des guides et non comme des « experts ». 

L’adulte responsable de la session interroge alors les personnes à tour de rôle. Les élèves – comme les adultes – lèvent la main lorsqu’ils souhaitent participer.

J’ai demandé aux adultes pourquoi ils levaient la main pour participer.

La justification est la suivante :

Les adultes, en levant la main pour prendre la parole, comme les élèves le font, démontrent ainsi que:

  1. le point de vue des adultes n’est pas supérieur à celui des enfants,
  2. la société repose sur une égalité de traitement,
  3. la justification d’une réponse est plus importante que le statut de celui qui la donne.

La place prépondérante du « ici et maintenant » et pourquoi cela est important

9h00 – Changement d’activité – Le travail du bois 

Imaginez ma stupeur lorsque j’ai vu que l’activité suivante consistait à transformer des bouts de bois en instrument de musique, à l’aide de grandes scies, et de couteaux tranchants ! Une fois qu’un enfant a appris à bien utiliser un outil, il obtient un certificat attestant de sa connaissance de la bonne utilisation des outils et des précautions de sécurité à prendre.

J’ai alors demandé à l’un des adultes : « combien de temps faut-il aux élèves pour réaliser leur premier objet ? ». Voici la réponse : 

« Ici, nous ne réfléchissons pas à finir une tâche pour en commencer une autre : nous nous concentrons sur la qualité.». 

Puis, elle me désigne un élève ; « celui-là mettra peut être deux semaines, alors que celle-là terminera en quelques jours et passera à un autre objet ». Chaque enfant travaille donc à son rythme, et la précision du travail, la satisfaction du « travail bien fait  » et avec « coeur » sont mis en avant. 

Au cours de mon voyage, je pense souvent à cette phrase. Sommes-nous toujours en train de réfléchir au futur en oubliant de vivre le présent ?

La ténacité s’enseigne-t-elle ?

Cette activité autour du bois, s’est étendue sur toute la journée. J’ai été extrêmement surprise de voir la patience, la minutie, l’intérêt de ces enfants pour ce que je prenais en arrivant pour un simple bout de bois.

Il est intéressant de noter, que lorsque l’enfant décide de passer à une autre activité, il range son bout de bois dans la boite correspondant à son degré d’avancement. Il n’y a pas de notion d’appartenance. Lorsque l’activité reprend, les élèves prennent UN bout de bois et non LEUR bout de bois. 

En interrogeant Karen, elle m’explique qu’apprendre à être concentré sur une activité est essentiel dans le monde hyper connecté d’aujourd’hui.

Une manière concrète pour enseigner la créativité en classe. 

Comme dans la majorité des écoles, il est demandé aux enfants de suivre des instructions. Par exemple, lors de la session de « cuisine », les enfants suivent une recette, pas à pas. Mais, à la fin de chaque projet, les élèves doivent créer leur propre solution. Dans cet exemple là,après avoir créé leur propre recette, ils doivent l’enseigner aux autres élèves. Cette activité leur permet ainsi de mieux retenir les apprentissages acquis en classe.

Conclusion

A la fin de la journée de classe, j’ai demandé à une élève ce qu’elle pensait de son école.

« Je suis contente de venir à l’école car c’est fun. Avant, dans mon ancienne école, je devais être parfaite. Maintenant je peux juste être moi et cela me rend heureuse. »

Retrouvons-nous sur Twitter pour échanger : @whatifspirit or @anaissalson

Pour en savoir plus sur les différences entre la France et le Danemark :

1/ Un article sur les 10 chiffres clés pour situer la France par rapport aux pays nordiques

2/ Quelques données en plus sur le Danemark